Érosion côtière : les élus dénoncent l'abandon d'un fonds spécial et alertent sur « l'urgence à agir »
« Il y a urgence à agir. » Le Comité national du trait de côte (CNTC) a adressé, en début de semaine, une motion au Premier ministre pour lui réaffirmer « solennellement » la nécessité de créer rapidement un fonds dédié à la lutte contre l’érosion côtière, l’absence de financement pérenne mettant en péril les projets de protection, de relocalisation et de renaturation.
Rassemblant élus, experts et associations des territoires concernés par ce phénomène, l’instance ne s’estime « pas entendu », malgré l’urgence à soutenir financièrement les communes littorales dans leurs stratégies d’adaptation. Au moment même où l’ouest du pays est sévèrement frappé par la tempête Nils, une des causes amplifiant l’érosion, déjà aggravée par le changement climatique.
Initialement voté, le fonds abandonné
En cause, le renoncement du Premier ministre à créer un fonds dédié à l’érosion côtière dès 2026, malgré le soutien « transpartisan » des parlementaires lors des discussions budgétaires. Durant l’automne, la députée macroniste de Gironde Sophie Panonacle, également présidente du CNTC, avait fait adopter, à la fois par l’Assemblée et le Sénat, un amendement allant dans ce sens. Seulement, il n’a pas été retenu par l’exécutif dans la copie finale du budget pour 2026.
Résultat, « de nombreuses communes se trouvent aujourd’hui démunies face à un phénomène reconnu comme inéluctable », alors même que le CNTC « n’a cessé d’alerter sur l’insuffisance des moyens financiers mobilisés », s’agace le comité dans la motion envoyée au Premier ministre. D’autant que le Fonds Barnier ne peut pas être mobilisé puisque l’érosion côtière n'est pas intégrée à la liste des risques naturels majeurs.
De quoi inquiéter et mettre en colère ses membres qui se sont réunis, le 4 février dernier, en séance plénière. Un « rendez-vous manqué », selon l’Association nationale des élus du littoral (Anel) qui a fustigé, sur X, l’absence d’un représentant du gouvernement - « malgré ce qui était prévu » - et donc d’information « sur la manière dont pourrait aboutir la création du fonds d’adaptation pour les territoires littoraux ». De quoi faire dire à l’association, membre du CNTC, que l’exécutif « n’est pas à hauteur des enjeux ».
Le comité attend donc désormais du gouvernement qu’il apporte « une réponse à la hauteur des enjeux environnementaux, sociaux, économiques et territoriaux liés à l'érosion du littoral », qu'il crée « un fonds érosion côtière et apporte des financements adaptés aux territoires littoraux », écrivent la trentaine de signataires du texte adressé à Sébastien Lecornu, dont font partie l’AMF, l’Anett, l’Anel et Intercommunalités de France, mais aussi des associations écologistes et des fédérations concernées par l’enjeu (urbanisme, immobilier, hôtellerie...).
Rendez-vous acté avec le Premier ministre
Dans ce contexte, ils réclament que soit « envisagé » d’introduire cette mesure dans le « futur projet de loi relatif à la décentralisation » dont l’un des trois pans doit être présenté avant le 22 février et le deuxième après les municipales.
La motion souligne que ce fonds « avait vocation à être instauré dès 2026, dès lors que les modalités de financement proposées, présentées comme innovantes, n'avaient pas pour effet d'aggraver le déficit de l'État ». Or l'amendement de Sophie Panonacle instaurait bien une taxe de 1 % sur le chiffre d'affaires des plateformes de location saisonnière qui aurait pu ramener plus de 200 millions d'euros par an.
« Les stratégies d’adaptation, c’est pour 2030, 2050, 2100. Donc, il faut anticiper et créer un fonds pour rassurer les communes une bonne fois pour toutes et leur permettre de travailler de manière sereine », expliquait cette semaine la députée de Gironde au site Actu, sans quoi « le coût de l’inaction ne [fera] que s’amplifier année après année ». Et le Fonds vert n'est pas jugé comme une solution viable puisqu'il « ne fait que diminuer et ne sert pas qu’à financer l’érosion côtière, et il peut demain disparaître ».
À ce stade, celle-ci dit « garder encore une lueur d’espoir » puisqu'elle a désormais « l’assurance d’avoir un rendez-vous dans quinze jours avec les conseillers de Sébastien Lecornu et Amélie de Montchalin [ministre des Comptes publics] qui a l’air de tendre l’oreille et de se dire qu’il faut faire quelque chose ».
1 000 bâtiments menacés dès 2028
La députée de Gironde précise, par ailleurs, que, « dans le décret liste, qui doit être prochainement validé [et qui transfère aux communes la gestion du recul du trait de côte dans le cadre de leur compétence urbanisme et permet aux territoires inscrits de demander à porter des projets partenariaux d’aménagement - seulement 7 signés au 31 décembre 2024], le nombre de communes ne cesse d’augmenter. Elles vont être 372 communes, là où elles étaient 117 en 2023. Dans la Manche, ça va très vite, comme dans le Finistère mais pas que. Aquitaine, Pays basque… Tous les territoires de l’Hexagone, de la Corse et en Outre-mer sont concernés, certains avec plus d’urgence comme la Manche et le Finistère ».
« Nous alertons sur une situation devenue critique », prévient ainsi Sophie Panonacle en marge de la motion, celle-ci rappelant que « cet hiver, les communes littorales, de toutes nos façades maritimes, subissent des événements météorologiques extrêmes qui aggravent considérablement le recul du trait de côte ».
En parallèle, les signataires de la motion indiquent que « le recul du trait de côte constitue un enjeu socio-économique majeur, entraînant des impacts sur les territoires littoraux considérables et des menaces directes sur les personnes, les logements, les activités économiques et les infrastructures ». « Nul ne peut ignorer que nos littoraux et leurs populations sont en grave danger », mettent-ils en garde.
D’ici à 2028, « environ 1 000 bâtiments résidentiels et commerciaux » sont menacés et, d’ici 2050, ce sont 5 200 logements et 1 400 locaux d’activités qui seraient en danger. Tout cela pour un coût estimé de 240 millions d’euros dans deux ans et 1,2 milliard d’euros en 2050, évaluait en 2024 une étude du Céréma.
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